Le vent appartient à tout le monde (La Libre Essentielle, 3 avril 2009)

Produire une électricité verte, publique et citoyenne, un projet de doux rêveur ? Non. La preuve par « l’absurde » : à Houyet, une éolienne a été financée par deux mille parts de 100 euros payées par... des enfants ! Depuis, deux nouveaux moulins ont été érigés. Quand on vous parle de générations futures !

« Je me suis dit : si un projet d’éolienne industrielle est réalisable avec des enfants, on doit pouvoir réussir également avec leurs parents et grands-parents. Même s’ils restent un peu plus lents à comprendre les enjeux pour l’avenir » explique en riant Jean-François Mitsch, administrateur de la coopérative.

Celle-ci a comme objectif d’investir dans des unités de production d’électricité au départ de sources d’énergies renouvelables où, pour chaque projet, l’actionnariat public et citoyen reste majoritaire.

Ancien publicitaire, Jean-François Mitsch a viré sa cuti et changé de vie professionnelle à 180 degrés. Il se consacre depuis 3 ans à ce projet d’électricité verte et citoyenne à titre bénévole, et à plein temps ! « Pour moi c’était une manière très forte de m’engager socialement. J’ai passé dix ans de ma vie dans un monde qui pousse à la surconsommation. Un jour, je me suis demandé où étaient passés mes idéaux d’adolescent et je me suis dit qu’il n’était peut-être pas trop tard... Je vis cet engagement bénévole comme on ferait une pause carrière pour se former à un nouveau métier. Si l’acquis de la pub m’est bien utile dans ce projet, j’ai appris des tonnes de choses depuis 2 ans, c’est un magnifique recyclage.

Le secteur coopératif est vraiment en train de se professionnaliser » explique Jean-François Mitsch. Le principe ? Assez similaire à celui des paniers bio dans l’alimentation : en coupant l’herbe sous le pied des intermédiaires, les « abonnés » à un panier bio permettent de maintenir un prix accessible pour des légumes de qualité et assurent au producteur un revenu garanti. Si on pousse la logique plus loin, les consommateurs pourraient très bien investir dans l’exploitation agricole (cela se fait, entre autres, en France) et permettre à cet agriculteur d’investir dans le matériel nécessaire à sa production bio. Ce modèle économique soutient à la fois l’agriculture durable et le développement économique local tout en responsabilisant les citoyens sur le type d’agriculture et d’alimentation qu’ils souhaitent.

Le montage est le même pour les énergies renouvelables. A partir du moment où produire et fournir de l’électricité sont des activités libéralisées pourquoi des citoyens et des pouvoirs publics ne pourraient-ils pas investir ensemble sur ce marché dans une perspective d’accessibilité des prix et de solidarité plutôt que de pur profit? « La coopérative a pour objectif de mettre sur pied un véritable fonds permettant d’investir avec les citoyens dans différents projets d’énergies renouvelables sur l’ensemble du territoire wallon. Cela permet à la fois de mutualiser le risque et de le réduire. Une personne qui réside en ville, où il existe peu de possibilités de développement pour de telles infrastructures, a de la sorte la possibilité de s’impliquer dans un projet à la campagne. Avec l’arrivée de nouveaux coopérateurs, nous augmentons nos fonds propres et nous pouvons emprunter les investissements supplémentaires sur base de projets industriels via des crédits bancaires » précise l’administrateur.

Françoise Raes le 3 avril 2009,

La Libre essentielle photos Christophe Smets

 

Jean Francois MiTSCH