Eoliennes, NIMBY moi ? Non, mais mon jardin, c’est la Wallonie ! (19 mars 2014)

La question de l’énergie est une question centrale dans l’organisation de notre société. L’éolien accaparé par quelques entreprises privées appauvrit notre pays, notre région. Le débat sur l’énergie sera au cœur de la campagne et pour diverses raisons l’éolien doit montrer l’exemple.

La question ne se limite pas aujourd’hui à « êtes-vous pro ou anti éolien ? » C’est bien plus complexe, plus nuancé, le bilan devrait être multiple : économique, environnemental et social. Actuellement, il n’en est rien, c’est l'argent qui domine sans que jamais ces questions soient abordées.

Par exemple, on cherche à anesthésier les citoyens en développant des concepts participatifs sans les doter de moyens financiers et humains à la hauteur d’un projet industriel (plusieurs milliards d’investissements en cours). Des coopératives locales cherchent à se développer avec du bénévolat, face à des acteurs financiers qui investissent sans compter. La bataille est inégale, à la limite du risible, et parfois manipulée par les financiers qui apparaissent grands seigneurs en proposant une participation minoritaire locale (24,99 %). Ces initiatives pro-éoliennes s’opposent au mouvement anti-éolien, qu’on appelle Nimby [1] sans répondre à ses inquiétudes, entre autres immobilières et de santé publique, alors qu’un consensus le plus large possible est nécessaire sur ce sujet ultra-sensible. Malheureusement, le pouvoir public ne se dote pas de véritables outils de concertation, laissant ainsi aux opérateurs privés toute latitude pour organiser eux-mêmes la participation citoyenne !

Cadre légal, le pouvoir public aux commandes ?
Un nouveau décret qui doit corriger les carences de la libéralisation du secteur
 

Le projet de décret actuel ne répond pas aux objectifs régionaux : il est impossible de le mettre en œuvre sans de grandes modifications juridiques et techniques, basées sur d’autres décrets tels que l’exploitation hydraulique et les zones d’activités économiques, en respectant les procédures prévues par la réglementation pour les projets d’utilité publique.

Le projet éolien wallon devrait aussi intégrer le potentiel en zone d'activité économique et surtout celui des forêts, car elles sont moins habitées et tout aussi venteuses. Par ailleurs le projet de décret a été sanctionné par le Cwedd et le Conseil d'Etat... Il serait heureux d'avoir l'avis du Conseil d'Etat sur une nouvelle mouture, donc impossible avant les élections... Le danger, c'est que l'ancien système reste applicable, et c'est l'anarchie actuellement. 2

Le plus important dans tout ceci est de fixer un cadre stable pour permettre un investissement sur le long terme. Il faut donc sortir de toute spéculation, car c'est elle aujourd’hui qui domine le secteur de l’énergie, alors que les acteurs industriels ne peuvent se permettre de spéculer. Des lobbies bien rodés orientent les décisions politiques au détriment de choix économiques pertinents. Peut-on encore permettre qu’une finance sans éthique domine des enjeux aussi importants ? cfr Le Vif : « Comment le lobby vert impose les éoliennes »3

Observateur proche de ces enjeux, je constate que  la spéculation est à tous les étages : spéculation foncière, spéculation sur des mécanismes de rentes, etc. Aujourd’hui une jeune et petite entreprise qui est active dans les énergies renouvelables (elles sont presque toutes fédérées par EDORA), ne rêve que d’une chose, être rachetée par une grande entreprise de l’énergie (les grands acteurs étant eux aussi membres de la même fédération). Ces jeunes entreprises vous tiennent le discours du développement durable et en final se revendent à vil prix à des prédateurs, et comme ce sont des groupes financiers étrangers, la dépendance énergétique que nous avions avec les énergies conventionnelles se transforme en une dépendance financière… c’est la tendance actuelle.

La Wallonie était à la traîne dans le développement des énergies renouvelables au début des années 2000. Le bénéfice le plus important tiré d’une production d’énergies renouvelables locale est la réduction de notre dépendance à l’importation d’énergie primaire (pétrole, gaz, charbon, uranium), tout kWh produit chez nous en renouvelable diminue presque d’autant l’énergie que nous devons importer, car nous n’en avons pas beaucoup sur le territoire wallon. 4

La libéralisation nous avait promis une énergie plus compétitive, des prix réduits pour le consommateur. Elle n’a pas tenu ses promesses. Il faudra réguler, oser faire marche arrière ! La spéculation domine, c’est un jeu. Il faut y mettre fin. Rien d’environnemental ni de social dans ce secteur aujourd’hui. C’est l'argent qui dirige.

L’éolien doit se développer dans un mix énergétique basé sur
un véritable développement durable.

Chaque filière a un bilan particulier, mais nos décisions et notre planification doivent se baser sur l’emploi, le bilan énergétique et financier.

Certaines filières génèrent beaucoup d’emplois : exploitation du bois et des déchets agricoles, au contraire des filières qui dépendent du soleil : photovoltaïque, éolien, hydraulique, qui en nécessitent peu (lorsque l’installation a été bien conçue).

Techniquement et économiquement, il est plus intéressant de développer des unités de production industrielle, dont l’efficacité énergétique est supérieure aux installations résidentielles. En multipliant les petites installations (comme le photovoltaïque), on fait une erreur économique majeure. Sur un bâtiment résidentiel, seule la production d’eau chaude, elle même stockée dans un boiler s’avère rentable techniquement, mais la filière a été détruite par des politiques incohérentes, qui ne se basaient pas sur l’expertise de nos voisins en Allemagne et même en Flandre. 5

Le photovoltaïque (PV) produit actuellement 500 GWh (100.000 installations/ménages = coût d'installation 3 milliards), alors que 1000 éoliennes (3 milliards) en Wallonie peuvent produire pour 2 millions de ménages 4000 GWh !, Il faut un mix énergétique, mais pourquoi en PV avec de la production résidentielle ? C'est comme si aujourd'hui tout le monde avait un avion privé dont les coûts d’exploitation seraient payés par ceux qui prennent le train ! Les mécanismes de soutien ne sont plus nécessaires dans un grand projet public financé par l'épargne collective. Il y a eu des abus, il est temps que l'état reprenne son rôle de régulateur, l'état doit regarder l'intérêt général.
 

Il faut réagir, dotons notre région de moyens pour corriger ces tendances.

Ceux qui traitent les anti-éoliens de NIMBY devront dorénavant me compter parmi les anti-éoliens, car mon jardin c’est la Wallonie. Tant que l’éolien ne sera pas développé avec une finalité sociale et environnementale, il faut refuser l’éolien. Sous couvert d’une augmentation de notre indépendance énergétique, on risque d’être encore plus mal loti quand quelques spéculateurs auront investi notre pays en utilisant nos divisions. Ces enjeux doivent rassembler toutes les tendances démocratiques et nécessitent une grande vision commune de notre développement territorial.

Oui nous le pouvons.